Évangélique française née en 1941, autrice d’une quinzaine d’ouvrages de « délivrance », Michelle d’Astier de la Vigerie tient depuis le milieu des années 2000 un blog chrétien à forte audience revendiquée. La franc-maçonnerie y figure parmi les cibles récurrentes, rangée au même titre que la sorcellerie, le vaudou et le satanisme dans la catégorie de l’occultisme démoniaque. Son antimaçonnisme présente une particularité qui le distingue de la matrice française classique : il s’inscrit dans une théologie évangélique du combat spirituel et s’accompagne d’un philosémitisme militant.
Un parcours en deux vies
Elle appartient à la famille d’Astier de la Vigerie, lignée titrée sous la monarchie de Juillet, illustrée au XXe siècle par trois frères compagnons de la Libération. Les sources la présentent comme la nièce d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie, résistant et homme politique1. Avant sa conversion, elle revendique une carrière de journaliste, puis de chargée de communication, l’entrée dans un cabinet ministériel en 1983, un passage en conseil régional et la création d’une entreprise en 19872.
En 1991, pendant la guerre du Golfe, elle situe l’effondrement de son existence et une conversion au christianisme évangélique. Un premier livre de témoignage paraît chez Fayard en 19933. Elle devient évangéliste vers 1994 et passe ensuite chez des éditeurs et diffuseurs confessionnels, ce qui lui ouvre un large lectorat dans la francophonie. Elle revendique une pratique antérieure de l’astrologie et de la cartomancie : cet épisode occulte fonde, dans son récit, l’autorité de l’ancienne initiée revenue en témoin.
Michelle d’Astier de la Vigerie (création numérique Jiri Pragman)
Une autorité testimoniale, non académique
Michelle d’Astier de la Vigerie ne fait état d’aucun titre théologique ni universitaire. Sa légitimité repose sur deux ressorts : le témoignage de l’ex-occultiste convertie et la revendication de « plusieurs centaines d’heures de recherche » sur la franc-maçonnerie4. Elle anime un ministère de délivrance autoproclamé, dont elle a fait l’axe de son enseignement. Cette autorité est contestée jusque dans les milieux protestants. Des plateformes évangéliques rivales et des structures de vigilance anti-sectaire dénoncent ses pratiques ; un site réformé institutionnel range son blog parmi les productions complotistes et relève l’absence de toute mise en perspective des textes bibliques5.