Le nom du « comte des Méloizes » apparaît dans les réseaux de la Ligue franc-catholique et de la Revue internationale des sociétés secrètes à la fin des années 1920. L’homme est présenté comme un colonel en retraite, royaliste et militant de l’Action française. Il intervient au congrès antijudéo-maçonnique de novembre 1928. Au-delà de ces quelques repères, son identité civile demeure pourtant incertaine.
Le cas illustre une difficulté fréquente dans l’étude des seconds rangs de l’antimaçonnisme organisé : les périodiques militants citent volontiers un titre, un grade ou un patronyme sans fournir les éléments biographiques qui permettraient aujourd’hui d’identifier précisément l’acteur.
Un colonel dans les réseaux de la RISS
La principale source disponible est l’étude publiée en 2013 par Emmanuel Kreis sur les réseaux antijuifs et antimaçonniques constitués autour de la Revue internationale des sociétés secrètes. Kreis y mentionne un « colonel en retraite des Méloizes », qu’il décrit comme royaliste et président de la Ligue d’Action française du VIᵉ arrondissement de Paris.¹
Cette indication situe clairement l’homme dans un environnement politique. L’Action française et les réseaux catholiques de Mgr Ernest Jouin ne se confondent pas, mais ils partagent alors plusieurs adversaires, plusieurs références et certains militants. L’antiparlementarisme, l’antisémitisme et l’antimaçonnisme constituent des zones de convergence régulières entre ces milieux.
La donnée doit cependant rester attribuée à Kreis. Aucun annuaire militaire, fichier d’autorité ou document biographique indépendant retrouvé lors de la présente vérification ne permet encore d’établir le prénom du colonel, ses dates ou son parcours militaire.
Le congrès antijudéo-maçonnique de 1928
Le comte des Méloizes figure également parmi les orateurs du congrès organisé à Paris les 26 et 27 novembre 1928 autour de la Ligue franc-catholique et de la RISS. Emmanuel Kreis cite dans cette assemblée Félix Colmet-Daâge, le commandant de Fraville, Roger Lambelin, le comte de Bertier de Sauvigny, Léon de Poncins et le comte des Méloizes.¹
Création numérique Jiri Pragman
Cette participation suffit à faire du personnage un acteur documenté de l’antimaçonnisme organisé de l’entre-deux-guerres. Il ne s’agit plus seulement d’une proximité idéologique supposée : son nom est associé à une manifestation spécifiquement antijudéo-maçonnique.
Il reste toutefois impossible, faute de compte rendu complet directement consulté, de préciser le thème de son intervention ou la place exacte qu’il occupe dans l’organisation du congrès.
Le piège du patronyme
Le nom des Méloizes appartient à une famille ancienne, dont plusieurs représentants apparaissent dans les sources depuis l’Ancien Régime.
Albert-Eugène-Maxime Renaud d’Avène des Méloizes, né en 1839, fut notamment avocat à Bourges, préfet de Seine-Inférieure et membre de sociétés savantes. Persée et IdRef documentent ce parcours.³ Un « comte des Méloizes » apparaît également à Bourges à la fin du XIXᵉ siècle dans les activités de la Société française d’Archéologie.⁴
Ces occurrences ne permettent cependant aucun rapprochement sûr avec le colonel militant des années 1920. Le risque serait ici de reconstruire une identité à partir d’un titre nobiliaire et d’un patronyme rare. Ce serait aller au-delà des sources. Tant que des documents d’état civil, militaires ou familiaux ne viennent pas relier ces personnes, elles doivent rester distinctes.
Un acteur de second rang, mais bien réel
Le manque de données biographiques ne doit pas conduire à minimiser le rôle du comte des Méloizes. Sa présence parmi les orateurs de 1928 et son insertion dans les milieux de la Ligue franc-catholique suffisent à documenter son engagement.
Son cas est même instructif. L’histoire de l’antimaçonnisme ne se réduit pas aux figures éditoriales connues comme Mgr Jouin, Léon de Poncins ou Roger Lambelin. Elle repose également sur des acteurs moins visibles, chargés de conférences, de sections locales, de relais politiques et de sociabilités militantes.
Le comte des Méloizes appartient manifestement à cette deuxième ligne. Son influence exacte reste impossible à mesurer, mais sa fonction de relais est identifiable.
Notes
¹ Kreis, E. (2013). « Les réseaux antijuifs et antimaçonniques autour de la Revue internationale des sociétés secrètes (RISS) de l’entre-deux-guerres à la période de l’Occupation ». Revue d’Histoire de la Shoah, 198, 117-139.
² France des Méloizes, « Nouvelles de Province », Le Franc-catholique, n° 1, avril 1930, p. 5, référence signalée dans une note reproduisant les travaux d’Emmanuel Kreis. Original à consulter avant utilisation comme source primaire.
³ Persée / IdRef, notice « Des Méloizes, Albert », Albert-Eugène-Maxime Renaud d’Avène des Méloizes (1839-), avocat à Bourges, ancien préfet et membre de sociétés savantes.
⁴ « Société française d’Archéologie », Bulletin monumental, t. 63, 1898, pp. 392-393, mention d’un comte des Méloizes à Bourges.