Avant Vichy, Xavier Vallat est déjà un acteur identifié des réseaux antimaçonniques catholiques. Son passage au Commissariat général aux questions juives ne crée pas cette culture politique : il lui donne, dans un autre registre, un débouché administratif et législatif.
Un catholique nationaliste engagé contre la franc-maçonnerie
Xavier Joseph Vallat naît le 23 décembre 1891 à Villedieu, dans le Vaucluse. Grand blessé de la Première Guerre mondiale, avocat et député de l’Ardèche, il siège à la Chambre de 1919 à 1924 puis de 1928 jusqu’à la disparition du régime parlementaire de la Troisième République. Son antimaçonnisme est antérieur à Vichy et s’inscrit dans les réseaux catholiques nationalistes de l’entre-deux-guerres.1
Michel Jarrige le range parmi les orateurs de la Ligue anti-judéomaçonnique Le Franc-Catholique, aux côtés de Philippe Henriot, René Dommange, Bernard Faÿ et Robert Vallery-Radot. L’historiographie consacrée aux milieux antimaçonniques de droite montre également qu’il intervient dans les campagnes de conférences des années 1930. Ce n’est donc pas un thème périphérique de sa trajectoire politique, même s’il ne suffit pas, à lui seul, à résumer celle-ci.2
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De l’antimaçonnisme parlementaire à l’attaque contre Léon Blum
Le 6 juin 1936, lors de la présentation du gouvernement de Front populaire, Vallat attaque Léon Blum à la Chambre en mettant explicitement en cause son origine juive. L’épisode demeure l’un des marqueurs les plus connus de son antisémitisme parlementaire. Il doit être replacé dans une culture politique où l’antisémitisme, l’antimaçonnisme et la dénonciation d’un régime républicain réputé livré à des « influences » occultes se croisent régulièrement sans pour autant se confondre.3
La continuité entre ces registres apparaît dans les sociabilités militantes. Les anciens réseaux de la Ligue franc-catholique et de la Revue internationale des sociétés secrètes fournissent, sous Vichy, plusieurs acteurs aux politiques antimaçonniques et antijuives. Cette continuité de personnel ne signifie pas que les deux politiques soient identiques ; elle éclaire en revanche des parcours idéologiques et relationnels déjà constitués avant 1940.2
Le Commissariat général aux questions juives
Le 29 mars 1941, Xavier Vallat est nommé à la tête du Commissariat général aux questions juives. Il s’emploie alors à durcir le premier statut des Juifs adopté en octobre 1940. Le second statut, promulgué le 2 juin 1941, est élaboré sous son autorité. Stéphane Boiron établit que Vallat travaille alors avec plusieurs juristes, notamment le professeur Jacques Estève et l’avocat Félix Colmet-Daâge, ancien proche des réseaux catholiques antimaçonniques.4
Sous l’autorité de Vallat, le Commissariat produit en quelques mois des dizaines de textes sur la « question juive », dont la loi du 22 juillet 1941 sur l’aryanisation économique. Vallat est évincé en mai 1942 et remplacé par Darquier de Pellepoix. Son opposition à certaines exigences allemandes ne saurait être interprétée comme une atténuation de sa responsabilité dans l’élaboration et l’application d’une politique antisémite française.4
Condamnation et mémoire
À la Libération, Vallat est traduit devant la Haute Cour de justice. Il est condamné en décembre 1947 à dix ans d’emprisonnement et à l’indignité nationale. La suite de son parcours est marquée par des mesures de grâce puis par l’amnistie, sans reniement public de l’essentiel de ses positions antérieures.5
Il meurt à Annonay le 6 janvier 1972. Le 8 janvier 1972, Beate et Serge Klarsfeld se rendent à ses obsèques à Pailharès avec une étoile jaune, rappelant publiquement son rôle à la tête du Commissariat général aux questions juives.6
Notes
1. Assemblée nationale, base Sycomore, notice « Vallat (Xavier, Joseph) » ; Bibliothèque nationale de France, notice d’autorité « Xavier Vallat (1891-1972) ».
2. Jarrige, M. (2011). « La vie et l’œuvre de Mgr Jouin, croisé de l’antimaçonnisme ». La Chaîne d’union, 56(2), 72-82.
3. Sur l’intervention du 6 juin 1936 et son contexte : Cointet, J.-P. (2017). « Xavier Vallat ». Dans Les hommes de Vichy : l’illusion du pouvoir. Paris : Perrin ; voir aussi la documentation parlementaire et l’historiographie de Laurent Joly.
4. Boiron, S. (2008). « L’Action française et les juristes catholiques ». Revue française d’histoire des idées politiques, 28(2), 337-367, notamment sur Vallat assisté de Jacques Estève et Félix Colmet-Daâge et sur la production législative du CGQJ.
5. Haute Cour de justice, jugement de décembre 1947 ; synthèses biographiques institutionnelles et historiographiques sur Xavier Vallat.
6. Bibliothèque nationale de France, notice d’autorité « Xavier Vallat (1891-1972) » ; documentation du Mémorial de la Shoah sur Beate et Serge Klarsfeld.