Un chirurgien breton, athée par héritage familial, entre en loge à trente-cinq ans. Quinze ans plus tard, il y renonce. Vingt-cinq ans après, il en aura fait un genre littéraire à lui seul. L’histoire de Maurice Caillet (1933-2021) tient en une phrase, et c’est précisément ce qui en fait la force. Elle se répète telle quelle depuis 1998, et elle continue de circuler après sa mort.
Du bistouri au Temple
Rien, dans la trajectoire professionnelle de Caillet, ne laisse deviner le second acte. Né à Talence en 1933 dans une famille bretonne apostate, sans baptême ni catéchisme, il fait une carrière médicale classique et solide : interne des hôpitaux de Paris, assistant à la faculté, puis chirurgien-gynécologue et urologue à Rennes¹. Rationaliste, scientiste de conviction, il milite au Planning familial et se présente lui-même comme l’un des artisans bretons de la contraception et de l’interruption volontaire de grossesse.
L’entrée en franc-maçonnerie, en 1970, dans une Loge (non identifiée) du Grand Orient de France, s’inscrit dans cette logique : un homme de son temps, curieux d’ésotérisme et d’occultisme, frappe à la porte du Temple. Il y reste quinze ans, atteint le 18e grade du Rite écossais ancien accepté, puis s’affilie à la Rose-Croix AMORC et s’intéresse à la radiesthésie et à la magie blanche². Cette double appartenance - obédience maçonnique d’un côté, mouvance rosicrucienne de l’autre - deviendra plus tard, dans son discours militant, une seule et même chose. C’est un raccourci commode.
Maurice Caillet (création numérique Jiri Pragman)