L’homme à la voix d’or avait une obsession : la franc-maçonnerie tenait la France. Il l’a dit à la radio. Deux fois par jour.
Il collectionne les papillons. Il écrit des poèmes. Il enseigne le français à des adolescents bordelais. Rien, dans ce tableau de province studieuse, n’annonce le propagandiste qui, trente ans plus tard, dirait à la radio que la Résistance est une bande de criminels à la solde de l’Angleterre. Philippe Henriot n’est pas un personnage de rupture. Il est un personnage de pente – une inclinaison longue, régulière, qui commence dans un berceau catholique de droite et s’achève dans un gouvernement collaborationniste.
Une disposition héritée
Reims, 7 janvier 1889. Le père est officier d’infanterie, condisciple de Pétain à Saint-Cyr1. La famille est bourgeoise, champenoise, lorraine de souche. Elle est aussi, d’emblée, antimaçonnique et antisémite2. L’antimaçonnisme d’Henriot n’est pas, à l’origine, une conviction construite. C’est une donnée familiale, une latomophobie transmise par l’environnement domestique avant toute formation idéologique. Henriot ne se convertit pas à l’antimaçonnisme - il le reçoit, comme la langue ou la foi.
Philippe Henriot (création numérique Jiri Pragman)