Chez Panamza, la franc-maçonnerie n’est pas l’explication unique du pouvoir. Elle constitue plutôt un marqueur de connivence. Associée au « sionisme », à Israël, aux médias ou aux réseaux d’influence, elle permet de désigner ceux qui, derrière une apparence d’opposition au « système », en seraient en réalité les auxiliaires. L’antimaçonnisme devient ainsi un instrument de disqualification au sein même de la sphère conspirationniste.
Fondé le 21 juin 2013 par Hicham Hamza, Panamza publie sur son site et plusieurs réseaux sociaux. Une capture de sa chaîne YouTube réalisée le 26 septembre 2026 affiche 58 300 abonnés et 605 vidéos. Le compte X @Panamza comptait, dans la documentation examinée le même jour, 46 800 abonnés. Panamza sollicite également le soutien financier direct de son audience.1
Hicham Hamza est passé en 2007 par le Centre de formation des journalistes, sans en obtenir le diplôme, avant de travailler comme pigiste pour Bakchich, Politis et La Télé libre. En 2022, il s’est présenté aux élections législatives dans la 3e circonscription du Bas-Rhin sous l’étiquette « Gauche patriote » et a recueilli 51 voix, soit 0,16 % des suffrages exprimés. Conspiracy Watch décrit Panamza comme un site à l’interprétation systématiquement complotiste de l’actualité, marquée notamment par une obsession anti-israélienne.2
Création numérique Jiri Pragman
Une présence ancienne de la franc-maçonnerie
Les archives de Panamza comportent au moins une vingtaine de titres mentionnant la franc-maçonnerie. Plusieurs textes datés entre 2017 et 2022 l’associent à des affaires criminelles, à l’islam, à Israël ou à des conflits entre personnalités de la « dissidence ». Le procédé est stable : une appartenance maçonnique, réelle, supposée ou simplement suggérée, est rapprochée d’une affaire jusqu’à devenir une clé d’interprétation.3
En août 2018, Panamza attribue ainsi à Guy Sibra, dirigeant du groupe d’ultradroite AFO poursuivi pour des projets d’attentats contre des musulmans, une double « allégeance » maçonnique et « judéosioniste ». La démonstration s’appuie notamment sur une chevalière et un pendentif visibles sur une photographie. En janvier 2022, un autre article évoque un « clan maçonnique et sioniste » à partir du choix d’un avocat dans une affaire judiciaire.4
Le rapprochement prolonge, sous un vocabulaire contemporain, le vieux motif du complot judéo-maçonnique. Le lexique du « sionisme », du « lobby » et des réseaux pro-israéliens remplace en partie celui des corpus antimaçonniques anciens. La structure associative demeure : des appartenances ou des proximités sont assemblées pour faire apparaître un réseau caché.
Idriss Aberkane, de la collaboration à l’appartenance supposée
Idriss Aberkane est un essayiste et conférencier français devenu médiatiquement connu dans les années 2010 par ses interventions sur les neurosciences, l’économie de la connaissance, le biomimétisme et l’éducation. Auteur de Libérez votre cerveau !, il a développé une forte présence médiatique et numérique. Son parcours académique a par ailleurs suscité des controverses sur la présentation de certains titres et affiliations.
Le 4 décembre 2022, Panamza le présente comme un franc-maçon « infiltré parmi les antivax ». L’affirmation repose principalement sur ses relations avec Jean-Marc Aractingi et le Grand Orient arabe œcuménique (GOAO).5
Le statut de cette organisation demande une précision. Le GOAO ne peut être placé sur le même plan institutionnel que les principales obédiences maçonniques françaises. Il s’agit d’une petite structure constituée en France autour de Jean-Marc Aractingi. Ses propres archives revendiquent une filiation avec un Grand Orient arabe fondé à Beyrouth en 1950 et annoncent, en 2010, une « fusion » dont Aractingi devient Grand Maître. Cette généalogie relève de l’autoprésentation de l’organisation. Les sources réunies ne permettent pas d’établir une reconnaissance du GOAO par les principales obédiences françaises. Des contacts avec d’autres petites structures maçonniques, également non reconnues, sont documentés, mais ils ne valent pas reconnaissance institutionnelle générale.
Les relations d’Aberkane avec le GOAO sont, elles, documentées. Le 20 septembre 2012, le blog de l’organisation annonce le premier numéro de sa revue Lumière d’Orient et d’Occident. Le sommaire comprend « Adam entre Orient et Occident – Manifeste du GOAO », signé Idriss Aberkane. Le GOAO annonce également une conférence d’Aberkane intitulée « Soufisme et franc-maçonnerie » et le présente comme membre de la Tarîqa Alawiya.6
Ces documents établissent une collaboration intellectuelle avec le GOAO. Ils n’établissent ni une initiation maçonnique ni une appartenance à cette organisation. C’est précisément ce seuil que franchit Panamza : une proximité documentée devient la preuve d’une appartenance cachée.
L’accusation circulait déjà. Le 2 décembre 2022, deux jours avant l’article de Panamza, ODDR présentait Aberkane comme franc-maçon du GOAO en s’appuyant notamment sur la signature du manifeste. La chronologie établit l’antériorité d’ODDR, sans suffire à démontrer une reprise directe.7
Quand l’antimaçonnisme vise les antimaçons
Le cas Aberkane n’est pas isolé. En octobre 2018, Panamza affirme que Salim Laïbi, pourtant lui-même adversaire déclaré de la franc-maçonnerie, serait protégé par un « clan sioniste et franc-maçon ». L’argument revient en 2021 à propos de son avocat.8
Depuis 2025, cette logique s’étend davantage aux conflits internes de la sphère alternative. Panamza accuse notamment Géopolitique profonde (GPTV) d’être contrôlée par des groupes maçonniques et pro-israéliens. Hicham Hamza désigne aussi Nicolas Stoquer comme franc-maçon. Aucune source indépendante identifiée dans le cadre de cette recherche ne documente cette appartenance.9
Autre cible : la « Table 700 », groupe animé par Gérard Camberlin. Panamza la qualifie de « secte maçonnique ». Mais la thèse lui est antérieure : elle circulait sur ODDR dès 2021 avant d’être reprise dans d’autres contenus.10
L’accusation change alors de fonction. Elle ne sert plus seulement à dénoncer une influence supposée sur le gouvernement, la justice ou les médias. Elle trace une frontière au sein de la « dissidence » entre opposants réputés authentiques et acteurs présentés comme agents, infiltrés ou membres d’une « opposition contrôlée ». La dénonciation de la franc-maçonnerie ne protège même plus de l’accusation d’en être : l’antimaçonnisme de la cible peut à son tour être interprété comme une couverture.
La franc-maçonnerie comme connecteur
Panamza ne développe pas une doctrine antimaçonnique structurée comparable aux grands corpus historiques de l’antimaçonnisme. Les rites, les constitutions ou l’histoire des obédiences occupent peu de place. L’étiquette « franc-maçon » fonctionne surtout comme un connecteur. Un père, un avocat, un mentor, une conférence, une photographie ou un symbole supposé maçonnique peuvent être assemblés jusqu’à produire l’hypothèse d’un réseau.
Cette mécanique relève du conspirationnisme de fusion : franc-maçonnerie, « sionisme », médias, services de renseignement, responsables politiques et supposés infiltrés de la contestation sont agrégés dans une même représentation du pouvoir. Les différents récits se renforcent mutuellement sans qu’un centre unique soit nécessaire.
Dans la typologie de l’Observatoire, Panamza relève de l’émetteur diffus. L’antimaçonnisme y est ancien et récurrent, mais ne constitue pas le pilier doctrinal exclusif du dispositif. Il reste subordonné à une représentation plus large des réseaux de pouvoir, particulièrement structurée autour d’Israël et du « sionisme ».
Son évolution récente est néanmoins significative. L’accusation maçonnique devient un instrument des luttes internes à la « dissidence ». Le cas Aberkane permet d’en observer le mécanisme : les documents établissent une collaboration avec une petite structure se présentant comme maçonnique ; ils ne démontrent pas son appartenance à celle-ci. Le discours de Panamza supprime cet intervalle entre proximité et appartenance. C’est dans cet intervalle que se fabrique le soupçon.
Sources et limites
Les sources Panamza et ODDR sont utilisées comme objets d’analyse, non comme autorités factuelles. Les archives du GOAO documentent ce que cette organisation disait d’elle-même et ses relations avec Idriss Aberkane ; elles ne suffisent pas à authentifier sa généalogie institutionnelle. Les accusations d’appartenance maçonnique visant les personnes citées ne sont pas établies par la documentation consultée. Le rang dominant des sources concernant le discours étudié est C-D, complété par des sources primaires et secondaires de meilleur rang pour les éléments de contexte.
Notes
1. Conspiracy Watch. (s.d.). Panamza ; Hamza, H. [@HamzaDePanamza]. Profil X ; captures X, YouTube et TikTok examinées le 26 septembre 2026.
2. Conspiracy Watch. (s.d.). Hicham Hamza. Consulté le 26 septembre 2026.
3. Panamza. Archives du site consacrées à la franc-maçonnerie, relevées dans la note d’analyse du 26 septembre 2026.
4. Panamza. (2018, 2 août). « Franc-maçon et judéosioniste : le coming out du terroriste antimusulman Guy Sibra » ; Panamza. (2022, 31 janvier). « Quand le clan maçonnique et sioniste défend un pédocriminel ».
5. Panamza. (2022, 4 décembre). « Aberkane : un franc-maçon infiltré parmi les antivax ».
6. Grand Orient Arabe Œcuménique. (2012, 20 septembre). « Lumière d’Orient et d’Occident, revue trimestrielle » ; Grand Orient Arabe Œcuménique. (2012, 2 juin). « Les Jeudis de Gibran ».
7. Bourbon, R. (2022, 2 décembre). « Idriss Aberkane, franc-maçon du Grand Orient Arabe Œcuménique et giton d’Attali ». ODDR.
8. Panamza. (2018, 29 octobre). « Salim Laïbi, Israël et la franc-maçonnerie : la connexion secrète » ; Panamza [@Panamza]. (2021, 26 février). « Opposition contrôlée : le cas Salim Laïbi ».
9. Panamza. (2025, 24 février). Vidéo, titre et adresse non relevés ; Panamza. (2026, 18 février).
10. ODDR. (s.d.). « La secte Table 700 » [série de billets] ; Panamza. (2025, 1er octobre). « Contre Panamza : la secte Table 700 félicite Nicolas G. » [vidéo].