L’antimaçonnisme n’est pas un thème secondaire apparu tardivement dans le discours d’Alexandre Juving-Brunet. Il constitue désormais l’une des pièces de sa lecture générale du pouvoir. La franc-maçonnerie y est présentée à la fois comme une organisation occulte, un réseau de contrôle des institutions et l’instrument spirituel d’une entreprise antichrétienne. Ce discours s’insère dans un ensemble plus vaste où se rencontrent souverainisme, catholicisme de combat, dénonciation du « mondialisme » et anticipation d’un effondrement politique ou monétaire.
De Saint-Cyr à la contestation politique
Né en 1982, Alexandre Juving-Brunet est un ancien officier de gendarmerie passé par l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Il quitte la gendarmerie en 2013 et poursuit ensuite une activité entrepreneuriale. Sa notoriété politique se construit pendant la crise sanitaire, lorsqu’il prend part à la contestation du passe sanitaire et de la vaccination contre la Covid-19.
À partir de 2021, il anime les Comités de salut du peuple, dont l’association nationale est déclarée en février 2022. Le mouvement annonce vouloir constituer 577 comités, soit un par circonscription législative, afin d’organiser une « résilience alimentaire, économique, financière et sociale »¹. Le vocabulaire est celui de la résistance et du salut collectif. Sa formule, « La Liberté par la Vérité », résume une rhétorique fondée sur le dévoilement : le peuple serait trompé par un pouvoir qu’il faut identifier avant de pouvoir lui résister.
Candidat dans la deuxième circonscription du Var lors des élections législatives de juin 2022, il recueille 484 voix, soit 1,19 % des suffrages exprimés². En mai 2023, le Conseil constitutionnel le déclare inéligible pendant un an en raison du dépôt tardif de son compte de campagne — le 8 septembre 2022, alors que le délai expirait le 19 août³. Il ne s’agit donc pas d’« irrégularités » indéterminées, mais d’un manquement précisément identifié.
Sept années en loge
L’un des éléments les plus significatifs de son parcours est revendiqué par Juving-Brunet lui-même. Dans une présentation diffusée à l’occasion d’une conférence organisée à Genève, il se décrit comme un catholique converti en 2021 « après avoir passé sept années en franc-maçonnerie »⁴. L’appartenance est donc étayée par une source déclarative publique, mais elle n’est pas documentée par une obédience, une loge ou des dates précises.
Cette lacune interdit de préciser où, quand et dans quel cadre il aurait été initié. On ignore également jusqu’à quel degré il aurait progressé et les circonstances exactes de son départ. Il faut donc s’en tenir à ce qu’il affirme : une fréquentation de la franc-maçonnerie pendant sept ans, suivie d’une conversion catholique.
Alexandre Juving-Brunet (création numérique (Jiri Pragman)