ENTRETIEN. Gérard Contremoulin

Rédigé le 25/02/2026
Jiri Pragman


Transmettre l'Esprit du Rite Français

Pouvez-vous nous retracer votre parcours et ce qui définit votre engagement maçonnique ?

Je suis entré au Grand Orient de France en 1982, au sein de la loge « Droiture et Solidarité ». Depuis plus de quarante ans, mon parcours est indissociable du Rite Français. J’ai eu l’honneur de présider des ateliers bleus et des chapitres, en m’impliquant toujours dans l’adaptation de leurs rituels.

Mon engagement s'est prolongé au sein du Conseil de l’Ordre (2008-2011), où j'ai notamment géré la communication de l'obédience et les dossiers liés à la laïcité et à la lutte contre les dérives sectaires. Parallèlement, j'ai rejoint le Grand Chapitre Général-Rite Français en 1998, accédant au Ve Ordre en 2005, dont j'ai été le Préfet à deux reprises. Au-delà des fonctions, je suis avant tout un bâtisseur : j'ai participé à la fondation de trois loges et d'un chapitre. Depuis 2010, je partage cette passion sur mon blog « Sous la Voûte étoilée », où j'ai rédigé près de 2 000 articles.

Après 43 ans de présence « sur les colonnes », qu’est-ce qui vous pousse encore à écrire et quel message souhaitez-vous transmettre ?

J'écris pour transmettre. C'est le prolongement naturel de mon engagement de Maître. Mon ambition est de faire redécouvrir le patrimoine initiatique du Rite Français. Je souhaite que les sœurs et les frères comprennent non seulement l'histoire de notre rite, mais surtout le sens profond de ce que nous pratiquons rituellement.

Ma méthode de travail est rigoureuse : je m'appuie sur la recherche documentaire et les échanges fraternels, avec une règle d'or : ne considérer comme juste que ce qui est sourcé. Je ne rejette pas l’imaginaire, mais je tiens à distinguer la réalité historique de la poésie ou du romantisme maçonnique.

Votre dernier ouvrage s'éloigne un peu des rituels pour s'intéresser à Jean Chevrin. Pourquoi ce choix ?

C’est un hommage nécessaire à celui qui fut mon professeur d'Art Dramatique. Jean Chevrin (1928-1987) fut l'un des pédagogues les plus talentueux de sa génération. Il a formé des comédiens illustres comme Anny Dupérey, Karin Viard ou Patrick Chesnais, mais son influence dépasse les planches.

Par sa maîtrise de l'art oratoire, il a appris à des centaines de professionnels (avocats, élus, conférenciers) à maîtriser l'outil sacré qu'est la parole. Dans ce livre, je relate sa carrière entre Paris et Rouen et je rassemble les témoignages de ses anciens élèves. C'est un texte empreint de reconnaissance pour celui qui m'a appris à « être » devant les autres.

Votre bibliographie est très centrée sur la pédagogie du Rite Français. Comment s'articulent vos précédents ouvrages ?

Mes livres forment un ensemble cohérent pour accompagner le maçon dans son cheminement :

  • L’Esprit du Rite Français (Dervy) : J'y explique comment ce rite, fondateur du GODF, s'appuie sur la Raison pour proposer une maçonnerie laïque et progressive. En 1877, il a libéré le maçon de l'obligation de croire, affirmant que le bonheur se construit ici et maintenant.

  • L’Homme debout (Détrad) : C'est un appel à l'action pour le XXIe siècle. J'y défends l'idée que les francs-maçons doivent imaginer les mesures d'avenir et construire une fraternité internationale authentique.

  • La collection « Les Cahiers du Rite Français » (Détrad) : J'ai conçu cette série comme des manuels pratiques pour chaque étape, de l'Apprenti au Parfait Maçon Libre. Chaque grade est un outil de transformation :

    • L'Apprenti & le Compagnon : de la découverte des symboles au passage à l'action.

    • Le Maître : la confrontation à la légende d'Hiram et à la responsabilité dans la Cité.

    • Les Ordres de Sagesse (1er au 4e) : un voyage éthique allant de la quête de justice à la libération intérieure.

Quels sont vos projets d'écriture pour les mois à venir ?

Quatre chantiers m'occupent actuellement, dont deux sont déjà achevés :

  1. Les séquences rituelles en Loge : Un guide pratique pour réussir ses cérémonies au Rite Français en les débarrassant des scories venues d'autres rites.

  2. Le Ve Ordre : Une présentation de cette instance ultime créée en 1784, destinée à ceux qui ont accompli tout le parcours initiatique.

Je travaille également sur une seconde édition revue et augmentée de L’Homme debout et sur un nouvel essai, L’Esprit du Ve Ordre, qui retracera l'histoire de ce grade depuis sa fondation par Roettiers de Montaleau jusqu'à sa réactivation contemporaine.