Des textes fondateurs à la Franc-Maconnerie lilloise
Le dernier numéro de Franc-Maçonnerie Magazine s’attaque à un monument de la culture maçonnique : ses textes dits « fondateurs ». À travers un dossier central riche et nuancé, la rédaction nous invite à une déconstruction nécessaire de nos héritages documentaires, tout en explorant l’actualité et l’histoire de la vie des loges.
Ce dossier pose un constat sans détour : les textes fondateurs ne sont ni monolithiques, ni intangibles. Ils sont le fruit d'apports pluriels et d'évolutions successives. À l'instar de la Bible, ils se sont constitués par strates, intégrant des sources variées souvent réinterprétées a posteriori.
L’analyse souligne que bon nombre de ces documents, tels les « Old Charges » (Anciens Devoirs), n'avaient initialement aucune visée spéculative. Écrits par et pour des tailleurs de pierre, ils ont été investis de sens nouveaux par les maçons acceptés. Cette « invention de la tradition » nous rappelle que l’histoire maçonnique est faite d'histoires mythifiées. Les figures d’Anderson, Ramsey, Dermott ou Willermoz y apparaissent comme les architectes d'un récit qui emprunte autant au réel qu’au fantasme.
Un parallèle passionnant est d'ailleurs dressé avec le compagnonnage. Jean-Michel Mathonière y évoque le « voyage fantasmé » du compagnon opératif, une imagerie que l’on retrouve encore aujourd'hui, de manière très vive, lors des cérémonies d’augmentation de salaire au Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA). La conclusion s'impose d'elle-même : s'il faut « réformer sans trahir », l'exercice s'apparente à une équation presque impossible que chaque génération de maçons doit pourtant tenter de résoudre.
Focus sur le Nord . La vitalité lilloise
Le magazine met également à l’honneur la franc-maçonnerie lilloise. Avec une implantation historique forte et une influence qui ne se dément pas, le Nord reste une terre d'élection pour l'Ordre. Le dossier invite les Frères et les Sœurs de la région, ainsi que les visiteurs de passage, à redécouvrir un patrimoine et une activité maçonnique d'une densité exceptionnelle.
Mais encore
Côté vie des structures, le numéro signale la dernière Assemblée Générale du GITE (Groupement International de Tourisme) et évoque son évolution.
Le magazine donne également la parole au « philosophe engagé » Henri Péna-Ruiz. alors que, dans la section historique, Pierre Mollier apporte son éclairage sur une figure singulière de l’Angleterre victorienne : John Yarker. Personnage boulimique de rites, Yarker incarne cette quête effrénée d’initiation et l’accumulation de « hautes charges » qui ont marqué une certaine époque de la maçonnerie anglo-saxonne.
Enfin, l'art s'invite au sommaire avec l’exposition Matisse au Grand Palais. Le magazine révèle les liens personnels du peintre avec le franc-maçon Marcel Sembat et son épouse, rappelant que l’histoire de l’art et l’histoire des loges s’entrecroisent souvent de manière intime et féconde.
Recensions . La fabrique numérique du soupçon
Au chapitre des critiques littéraires, signalons la recension de l’ouvrage de Jiri Pragman, Antimaçonnique : La fabrique numérique du soupçon (Numérilivre). Un livre essentiel pour comprendre comment les vieux ressorts de l’antimaçonnisme se sont adaptés à l’ère digitale et aux réseaux sociaux.