En 2016, Laurent Gouyneau, connu sous le nom de Laurent Freeman, a diffusé sur son site des milliers de documents provenant de deux obédiences maçonniques. La justice l’a condamné en janvier 2021 pour leur enregistrement, leur détention et leur divulgation. L’enquête publiée ne permet pas de lui attribuer les intrusions informatiques à l’origine de ces fuites.[1]
Une publication présentée comme une révélation
Créé à la fin de 2012, Stop Mensonges publiait des contenus mêlant récits conspirationnistes et spiritualité. En avril 2016, son responsable met en ligne quelque 6 000 fichiers internes de la Grande Loge de France (GLDF), sous une appellation faisant écho aux Panama Papers. Parmi eux figurent des documents de fonctionnement et des données permettant d’identifier des membres. La GLDF affirme que son fichier général des adhérents n’a pas été compromis. La distinction ne supprime pas l’atteinte subie par les personnes dont les coordonnées sont apparues dans les documents diffusés.[2]
En août 2016, le Grand Orient de France (GODF) subit à son tour une intrusion informatique. Des données issues de cette attaque sont remises en ligne en novembre, notamment sur Stop Mensonges. La chronologie indique ici un rôle de diffusion. Elle ne démontre pas que Gouyneau soit l’auteur du piratage. Le décompte des fichiers repris, parfois donné comme supérieur à 34 000, dépend des sources et ne doit pas être confondu avec un nombre de membres exposés.[3]
Création numérique Jiri Pragman
Le procès de janvier 2021
Devant la 13e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, le 27 janvier 2021, Laurent Gouyneau reconnaît avoir publié les documents et conteste avoir effectué les piratages. Il dit agir contre une « double allégeance » qu’il prête à certains magistrats francs-maçons. Cette accusation relève de son argumentation et n’établit aucune influence de la franc-maçonnerie sur la procédure. Selon le compte rendu de Marianne, les investigations n’ont pas permis d’établir le mode opératoire des intrusions.[1]
Le tribunal le condamne à douze mois d’emprisonnement, dont huit avec sursis, soit quatre mois ferme, sans mandat de dépôt. Il ordonne également le versement de 7 000 euros au GODF, selon les comptes rendus disponibles. Le jugement lui-même n’a pas été consulté ; la qualification exacte des faits, l’existence éventuelle d’un appel et les suites civiles concernant la GLDF restent à vérifier.[1][4]
Du dévoilement à la persécution alléguée
La présentation de fichiers privés comme une révélation d’intérêt général donne à la publication une apparence de démarche journalistique. Or la présence de noms, d’adresses et de coordonnées personnelles ne démontre, par elle-même, aucun fait d’intérêt public. L’argument du « secret » déplace ainsi l’attention des personnes exposées vers la suspicion portée contre l’institution. Après le procès, un texte conservé sur le site présente Gouyneau comme victime d’une persécution maçonnique. Il s’agit du récit de l’intéressé, non d’un fait établi.[5]
Un site transformé
Stop Mensonges a pris le nom de Lumière sur Gaïa en 2019. Lors du relevé du 26 septembre 2026, les publications récentes du site portaient surtout sur la spiritualité et des thèmes ésotériques ; des articles antimaçonniques plus anciens demeuraient accessibles. Cette observation ponctuelle ne permet pas de conclure à la disparition de ces discours, ni d’évaluer seule leur audience actuelle.[5]
Cette affaire montre comment une fuite informatique peut servir de support à une accusation générale contre la franc-maçonnerie. Les faits judiciairement rapportés concernent la détention et la divulgation de documents. L’identité des auteurs des intrusions, la date précise du retour de Gouyneau en France et le caractère définitif de la condamnation demandent encore une vérification documentaire.
Notes
[1] Conge, P. (2021, 28 janvier). « Le conspirationniste qui dévoilait des infos confidentielles sur les francs-maçons ». Marianne. Compte rendu d’audience ; jugement non consulté.
[2] « Franc-maçonnerie : des pirates ont mis en ligne plus de 6000 documents internes de la Grande Loge de France ». (2016, 21 avril). La Libre Belgique ; Conspiracy Watch. (2022, mise à jour du 24 octobre). « Stop Mensonges ».
[3] Géplu. (2016, 15 novembre). « Piratage des données du GODF : le vrai et le faux ». Hiram.be, citant une lettre d’information de l’obédience. Source indirecte à confronter au document original.
[4] « Quatre mois de prison pour avoir diffusé des documents secrets francs-maçons ». (2021, 27 janvier). Le Figaro/AFP ; Conspiracy Watch, op. cit. Le texte du jugement et les suites d’appel demeurent à obtenir.
[5] « Arrestation de Laurent Freeman et son procès contre le Grand Orient de France ». (2018, 26 novembre ; modification indiquée en 2025). Lumière sur Gaïa. Source primaire pour le récit de l’intéressé, sans valeur de corroboration indépendante.
