Un vicaire général normand invente, en 1791, la thèse d’un complot maçonnique à l’origine de la Révolution française. Il meurt l’année suivante, égorgé aux Carmes. Barruel reprend son intuition et la transforme en système : l’histoire du complotisme antimaçonnique moderne commence avec ce prêtre aujourd’hui oublié.
Un vicaire général face à la Constitution civile du clergé
Jacques-François Lefranc naît à Vire, en Basse-Normandie, le 30 mars 17391. Entré chez les Eudistes, il gravit les échelons ordinaires de la congrégation : supérieur du séminaire de Coutances dès 1768, préfet des ordinants à Caen, supérieur de la maison de Rouen, puis de nouveau supérieur à Coutances, où il devient vicaire général du diocèse2. Il s’y illustre par son opposition au jansénisme.
La Révolution rompt cette trajectoire ecclésiastique sans relief. Lefranc refuse de prêter serment à la Constitution civile du clergé. Le 17 avril 1791, il doit remettre les clés du séminaire à l’évêque constitutionnel François Bécherel3. Les Eudistes sont expulsés du bâtiment. Lefranc gagne Paris.
Il y est arrêté le 30 août 1792, dans la maison des Tourelles où s’était repliée la congrégation4. Incarcéré à la prison des Carmes, il est massacré le 2 septembre, avec près de cent quatre-vingts autres ecclésiastiques5. L’Église le béatifie le 17 octobre 1926, sous le pontificat de Pie XI6.
Le « Voile levé », une thèse fondatrice
Lefranc doit sa notoriété à deux ouvrages écrits dans l’urgence révolutionnaire. Le premier, Le Voile levé pour les curieux, ou le secret de la Révolution révélé à l’aide de la franc-maçonnerie, paraît à Paris en 1791, chez les libraires Lepetit et Guillemard7. Le second, La Conjuration contre la religion catholique et les souverains, suit dès 17928.
