Henri Jean-Baptiste Marie de Guillebert des Essars ne fut pas seulement le responsable tardif de la section occultiste de la Revue internationale des sociétés secrètes. Avant de rejoindre l’entreprise éditoriale de Mgr Ernest Jouin, cet ancien officier devenu propriétaire viticole dans l’Aude avait déjà derrière lui un parcours social, professionnel et intellectuel assez singulier.
Un ancien officier installé dans l’Aude
Henri de Guillebert des Essars naît à Toulouse le 10 février 1863. Un dossier individuel de personnel conservé par le Service historique de la Défense confirme sa carrière militaire. Les notices biographiques disponibles le présentent comme capitaine d’infanterie ayant démissionné de l’armée en 1889. Cette date coïncide avec son mariage, célébré le 10 septembre de la même année, et avec son installation durable à Bram, entre Castelnaudary et Carcassonne.¹
Il y mène la vie d’un propriétaire terrien directement engagé dans les affaires agricoles. Cette activité, absente de la première version de l’article, est pourtant essentielle pour comprendre sa position sociale. Guillebert des Essars n’est pas, à l’origine, un journaliste professionnel ni un homme d’Église. Il appartient au monde des notables ruraux du Midi viticole.
Il intervient dans les débats sur la production et le commerce du vin. On lui doit notamment une étude intitulée « Le contingentement des vins. Analyse du rapport de M. Capelle », publiée par la Société centrale d’agriculture de l’Aude. Son nom apparaît également parmi les collaborateurs du Progrès agricole et viticole.²
Les archives du musée Rodin conservent trente-quatre lettres échangées entre 1909 et 1912 avec le sculpteur. Elles classent Guillebert des Essars parmi les fournisseurs de vin de Rodin.³ Cette correspondance révèle un propriétaire exploitant inséré dans des réseaux commerciaux et mondains qui dépassent largement le cadre local.
Un notable cultivé proche des milieux artistiques
Les rapports de Guillebert des Essars avec le monde culturel ne se limitent pas à cette relation commerciale. Il connaît le compositeur Déodat de Séverac, originaire de Saint-Félix-Lauragais et installé dans le même espace méridional. Des témoignages et études consacrés au musicien reprennent certaines observations de Guillebert des Essars sur sa personnalité et son tempérament artistique.⁴
Cette sociabilité permet de corriger l’image d’un homme qui aurait été absorbé dès sa jeunesse par les seules spéculations occultistes. Avant la R.I.S.S., il est d’abord officier, propriétaire, agriculteur, viticulteur et correspondant de personnalités artistiques. Son intérêt pour l’occultisme s’inscrit dans ce parcours ; il ne le résume pas.
La principale source relative à ses premières relations occultistes est l’étude de Marie-France James, Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et christianisme aux XIXᵉ et XXᵉ siècles. Selon elle (mais elle n’en apporte pas de preuves), Guillebert des Essars aurait fréquenté l’Institut d’études cabalistiques constitué autour de Louis Lechartier dans la région toulousaine.⁵
