Presque rien n’est connu de René Bergeron. Un livre publié en 1941, puis réédité par Serge Monast, suffit pourtant à lui donner une place entre William Guy Carr et le conspirationnisme québécois des années 1990.
L’essayiste meurt en 1971 au Québec1, sans qu’aucune source ne permette d’établir sa date de naissance ni de retrouver un portrait de lui2. Le nom circule pourtant depuis trois décennies dans la généalogie du conspirationnisme antimaçonnique nord‑américain, porté non par l’œuvre elle‑même, longtemps introuvable, mais par la filiation qu’un disciple lui a construite après coup.
Antéchrist
Bergeron est présenté, dans les rares notices qui le mentionnent, comme conférencier de l’École sociale populaire, organisme catholique québécois voué à la diffusion de la doctrine sociale de l’Église3. En 1941, il publie aux éditions Fides Le Corps mystique de l’Antéchrist4. L’ouvrage inscrit la franc‑maçonnerie dans une lecture eschatologique du désordre du siècle, aux côtés du communisme et, plus largement, des sociétés secrètes convoquées comme rouages d’un même dessein. Bergeron s’y présente en disciple de William Guy Carr, ancien officier de la marine royale canadienne devenu l’un des propagateurs les plus actifs, en langue anglaise, du mythe du complot maçonnico‑illuministe5.
Couverture originale
