Félix Colmet-Daâge

Rédigé le 21/09/2026
Observatoire ANTIFM

De la Ligue franc-catholique au Commissariat aux questions juives

Avocat parisien, militant assidu de la Ligue franc-catholique, Félix Colmet-Daâge offre un cas particulièrement net de continuité entre les réseaux antijudéo-maçonniques de l’entre-deux-guerres et les dispositifs juridiques de Vichy. Cette continuité est documentée par plusieurs travaux historiques convergents.

Un avocat catholique engagé

Félix Colmet-Daâge naît en 1889. Docteur en droit, avocat au barreau de Paris, il appartient à une famille de juristes et s’inscrit dans les milieux catholiques de droite. Les recherches de Cédric Perrin montrent qu’il compte parmi les militants les plus actifs de la Ligue franc-catholique dans l’entre-deux-guerres. Son profil professionnel lui donne une place particulière : il peut transformer les thèmes idéologiques du mouvement en argumentaires et en expertise juridique.1

Création numérique Jiri Pragman

Orateur de la Ligue antijudéo-maçonnique

Emmanuel Kreis le décrit comme un orateur assidu des réunions de la Ligue. Il intervient lors du congrès antijudéo-maçonnique des 26 et 27 novembre 1928 et appartient au noyau militant qui assure conférences, cours et propagande. Dans les années 1930, il participe à la recomposition de la mouvance, notamment autour de l’Union antimaçonnique de France, créée en 1935 et proche de la RISS.2

Des réseaux militants au droit de Vichy

Sous l’Occupation, cette trajectoire prend une dimension institutionnelle. Laurent Joly et d’autres historiens ont montré que Xavier Vallat s’entoure, au Commissariat général aux questions juives, de juristes déjà engagés dans les réseaux antisémites et antimaçonniques. Colmet-Daâge fait partie des premières recrues du CGQJ au printemps 1941. Il devient l’un des collaborateurs juridiques de Vallat et participe à la préparation de la législation antisémite, notamment du second statut des Juifs du 2 juin 1941.3

Une continuité de personnel et de langage

Le passage de la Ligue au Commissariat ne signifie pas que l’antimaçonnisme et l’antisémitisme soient identiques. Il montre en revanche une continuité de sociabilité, de personnel et de catégories politiques. Des acteurs qui avaient appris à présenter la République comme dominée par des réseaux « judéo-maçonniques » trouvent sous Vichy un appareil d’État où certaines de leurs représentations peuvent être traduites en dispositifs administratifs. Colmet-Daâge est l’un des exemples les plus documentés de ce déplacement du militantisme vers l’institution.4

Après-guerre

Colmet-Daâge publie en 1953 Malaise au Palais : les avocats en face de leur destin, ouvrage consacré au barreau et à la profession. Sa trajectoire antérieure reste pourtant le point décisif pour l’histoire de l’antimaçonnisme : elle relie une culture de ligue, une activité de propagande et une compétence juridique mobilisée ensuite au sein de l’État français. L’analyse doit maintenir cette continuité sans lui attribuer, au-delà des sources, la paternité individuelle de mesures qui relevaient d’un appareil administratif plus large.5

Notes

1. Perrin, C. (2019). « La Ligue franc-catholique dans les années 1930 : sociologie et sociabilités militantes d’une génération de l’antijudéo-maçonnisme ». Archives juives, 52(2), 135-149.

2. Kreis, E. (2013). « Les réseaux antijuifs et antimaçonniques autour de la Revue internationale des sociétés secrètes (RISS) de l’entre-deux-guerres à la période de l’Occupation ». Revue d’Histoire de la Shoah, 198, 117-139.

3. Joly, L. et travaux cités dans « Antisémites sans remords : les “bons motifs” des juristes de Vichy », Cités, 36, 2008, 37-51 ; voir également les travaux sur les premières recrues du CGQJ au printemps 1941.

4. Jarrige, M. (2011). « La vie et l’œuvre de Mgr Jouin, croisé de l’antimaçonnisme ». La Chaîne d’union, 56 ; Perrin (2019).

5. Colmet-Daâge, F. (1953). Malaise au Palais : les avocats en face de leur destin. Paris : Messein.

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