Né à Paris le 21 juin 1936, Philippe Ploncard est bien le “fils de son père”. Il en a éousé les causes et a lui aussi voulu ajouter “d’Assac” (rien de très nobiliaire en réalité mais une référence à une ancêtre féminine). L’autorisation judiciaire lui a été refusée à deux reprises. Fidèle à l’esprit personnel, il dirige les Cercles Nationalistes Français (CNF), anime un site web, vend des livres et donne des conférences devant des salles dont on imagine qu’elles ne sont pas immenses.
Le père d’abord
Jacques Ploncard d’Assac (1910-2005) est une figure de la droite ultra-française de l’entre-deux-guerres : disciple d’Édouard Drumont — l’auteur de La France juive — puis de Charles Maurras, il rejoint le Parti Populaire Français (PPF) de Jacques Doriot et reçoit la Francisque de Pétain, en même temps que son ami Henri Coston, qui deviendra l’un des grands noms de l’antimaçonnisme français. En 1938, il publie un opuscule intitulé Pourquoi je suis anti-juif. Le titre dit tout.
La Libération ne lui laisse guère d’options. Trop compromis pour rester, il fuit en 1944 vers le Portugal de Salazar. Le choix n’est pas anodin : l’Estado Novo salazariste représente alors, aux yeux d’une certaine droite nationaliste catholique française, le modèle accompli de ce que la Révolution française avait selon elle détruit — un État corporatiste, stable, anti-communiste, hostile à la franc-maçonnerie. Jacques Ploncard d’Assac y trouve non seulement un refuge, mais un emploi : il devient l’un des conseillers du régime, suffisamment apprécié pour y demeurer jusqu’à la Révolution des Œillets de 1974. C’est dans cet exil doré que Philippe grandit. À la chute de la dictature, le père rentre en France et collabore au journal Présent, proche du FN de Jean-Marie Le Pen. Il mourra en 2005, à La Garde, dans le Var.
Un fils médecin
Philippe Ploncard devient neurochirurgien, reconnu comme l’un des pionniers de la microchirurgie vasculaire du cerveau. Il publie en 1975 un Précis de techniques microchirurgicales aux éditions Doin — son seul livre sans complot dedans. Sa carrière le conduit d’abord à Genève, probablement dans les années 1970, comme chef de clinique à l’Hôpital Universitaire, puis en Belgique, sans doute dans les années 1980, comme professeur invité à l’Université Libre de Bruxelles. L’ULB, institution laïque fondée en réaction au cléricalisme, institution maçonnique par excellence dans l’imaginaire de la droite catholique traditionaliste — il y a là une ironie que Ploncard d’Assac a certainement préféré ignorer.
La Belgique n’est pas qu’un passage professionnel. Il s’y installe et épouse d’ailleurs une Belge (c’est ainsi qu’il est le cousin par mésalliance de… Jiri Pragman !). C’est depuis Bruxelles qu’il adhère au Front national en 1990, où il dirige le Cercle national des Français résidents à l’étranger et siège au comité central. Il quitte le parti en 1993, après une convocation devant la commission de discipline : ses sorties antimaçonniques lors de la campagne contre le traité de Maastricht ont visiblement agacé jusqu’à ses camarades. Il quitte alors la Belgique, s’installe à Toulon et fonde les CNF.
Un mot sur Maurras
Les Ploncard d’Assac s’y réclament directement. Charles Maurras (1868-1952) est le théoricien de l’Action française et la figure tutélaire d’une certaine droite nationaliste française. Sa doctrine tient en quelques convictions centrales : la Révolution de 1789 est une catastrophe importée qui a détruit l’ordre naturel de la société ; la démocratie parlementaire est un régime d’imposture ; la monarchie héréditaire constitue la seule solution durable. Et la France est rongée de l’intérieur par ce qu’il appelle les “quatre États confédérés de l’Anti-France” : Protestants, Juifs, Francs-maçons, Métèques. L’antimaçonnisme est donc chez Maurras un élément de doctrine, pas une fantaisie périphérique. Les Ploncard d’Assac reprennent ce cadre en y ajoutant l’antisémitisme plus brutal de Drumont et un complotisme systématique.
Une doctrine familiale inchangée
Depuis son installation à Toulon, Philippe Ploncard d’Assac anime le site nationalisme-francais.com, publie la lettre mensuelle La Politique depuis avril 2001, et diffuse les œuvres de son père — Doctrines du nationalisme, L’Église occupée, Salazar — aux côtés de ses propres textes. Parmi ceux-ci, Le Nationalisme français (2000, plusieurs rééditions), Enquête sur la Nouvelle Droite (2003) et, dernière livraison en date, une édition augmentée de La Maçonnerie parue en 2025 sur 408 pages, sous-titrée “le caractère luciférien caché de la maçonnerie et son origine juive kabbaliste”. La continuité avec le père est totale. En quatre-vingts ans, la pensée de la famille n’a pas bougé.
Sur YouTube et ailleurs
Ploncard d’Assac a investi les plateformes vidéo avec une certaine constance. Il diffusait ses conférences et entretiens sur YouTube jusqu’à ce que sa chaîne soit bannie — “censure”, évidemment, dans sa grille de lecture. Il s’est depuis reporté sur Odysee, Bitchute et Rumble, les plateformes alternatives habituelles de la fachosphère numérique francophone. Il maintient également une page Facebook, un canal Telegram et des archives d’émissions enregistrées à Radio Courtoisie entre 2000 et 2001. Son site signale encore des conférences parisiennes en juin et novembre 2025, ce qui témoigne d’une activité réelle à près de 89 ans. Les compteurs de vues sur ses vidéos oscillent généralement entre quelques centaines et quelques milliers — des audiences confidentielles, dans un espace numérique où d’autres figures complotistes, plus jeunes et plus habiles en communication, lui font désormais largement de l’ombre.
Ses ennemis sont chez lui
Ce qui frappe dans la trajectoire de Ploncard d’Assac, c’est moins son isolement par rapport au reste de la société que ses conflits permanents avec ses propres pairs. Henry de Lesquen l’a poursuivi deux fois pour diffamation, avec condamnation à chaque fois. Yvan Benedetti lui a raccroché au nez après une querelle de promotion, et les deux hommes ne se sont plus parlé. Serge de Beketch lui a retiré sa chronique à Radio Courtoisie après des attaques contre la Nouvelle Droite. Jean Robin en a fait son “humoriste préféré” et l’appelle “Plonplon”. Cette accumulation de brouilles avec ceux qui devraient être ses alliés naturels est révélatrice : même dans les milieux nationalistes radicaux, le personnage est perçu comme procédurier, imprévisible et peu crédible.
Il reste, pour qui s’intéresse à l’écosystème antimaçonnique contemporain, un cas d’école utile : celui d’un héritier qui a consacré sa vie entière à transmettre une tradition conspirationniste forgée dans les années 1930, sans jamais l’interroger ni la renouveler. La fidélité comme seul projet. L’héritage comme seul programme.
