DESSINS. Il en est de même à l'Orient

Rédigé le 21/03/2026
Masonica Littéraire


Dans ce dernier album, François Morel porte un regard plein d'humour et de fraternelle bienveillance sur la Maçonnerie et ses travers, dans des situations que nous avons tous vécues un jour.

Au fil de cent pages, le lecteur croise des dessins inédits et des textes désopilants : la cérémonie d'initiation en distanciel, l'instruction des apprentis chez « Roger-la frite » à Braine-l'Alleud, la Respectable Loge « les Francs-Souillardes », l'installation de Raymond à Plonque-le-Château, ou encore le Chevalier d'Orient et de Krautersgerstheim. Le titre lui-même, Il en est de même à l'Orient, détourne avec malice une formule rituelle que tout maçon reconnaîtra.

Avec le talent qu'on lui connaît, François Morel nous rappelle qu'« il faut beaucoup aimer ses sœurs et ses frères, parce que sans cela, ce n'est pas possible, on ne pourrait pas les supporter ! »

Cent pages d'humour fraternel à s'offrir et à offrir.

Le dessin de François Morel : un regard graphique

Le style de François Morel s'inscrit dans la grande tradition du dessin d'humour franco-belge. Le trait est vif, nerveux, tracé à l'encre noire avec une spontanéité apparente qui masque une construction très maîtrisée. Les personnages, croqués en quelques lignes, sont immédiatement identifiables : nez proéminents, silhouettes rondes ou dégingandées, expressions faciales saisies au vol. On pense à la lignée de Sempé pour la tendresse du regard posé sur les travers humains, à Plantu pour l'économie du trait éditorial, et au dessin de presse belge — Morel opère dans un registre où l'humour naît du décalage entre la solennité du sujet et la trivialité des situations.

La technique mêle encrage à la plume et lavis d'aquarelle. Les personnages sont dessinés à l'encre, avec un contour souple et un trait qui ne cherche pas la perfection académique mais la justesse du geste. L'aquarelle intervient en aplats légers — gris, bleus, bruns, touches de couleur pour un tablier, un cordon, un kilt écossais — qui donnent au dessin sa profondeur sans l'alourdir. Le fond reste souvent blanc ou traité en aplat simple (le rouge vif de la couverture), ce qui concentre l'attention sur les personnages et les bulles de dialogue.

Le lettrage, entièrement manuscrit, participe du style : irrégulier, légèrement penché, il prolonge le dessin et renforce l'impression d'un croquis pris sur le vif, comme un carnet de notes rapporté d'une tenue. Les symboles maçonniques — delta lumineux, équerre et compas, lune, soleil — sont traités avec la même désinvolture graphique que les personnages, intégrés au décor sans emphase, ce qui accentue le contraste comique entre le sacré du rituel et le prosaïsme des situations.

La composition des scènes de groupe, notamment sur la couverture et dans les cortèges de frères, rappelle les tableaux de foule de Ronald Searle ou de Quentin Blake : une accumulation de silhouettes individualisées, chacune portant son détail comique, qui forment un ensemble à la fois fourmillant et lisible. Le dessin mêlant photographie réelle et personnages de bande dessinée (comme dans la scène du « Grand Architecte » devant un bâtiment d'entreprise) ajoute une dimension supplémentaire : le collage ancre le gag dans le réel et renforce le décalage humoristique.

François Morel pratique un humour graphique de l'intérieur : il dessine en frère qui connaît les codes, les rites, les petits ridicules de la vie en loge. C'est cette connivence qui fait mouche. Le trait n'est jamais méchant, toujours complice. On rit avec les frères et les sœurs, jamais contre eux.

Titre : Il en est de même à l'Orient 
Auteur : François Morel 
Éditeur : Numérilivre 
Pagination  : 100 pages