ENTRETIEN. Dominique Segalen

Rédigé le 31/03/2026
Masonica Littéraire


Dominique Segalen, vous êtes artiste-auteure. Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis née en 1952 à Alger. Après mon cursus d’études à l’École Pilote Internationale d’Art et de Recherche de Nice, j’ai exercé le métier de designer graphique, enseigné dans une école d’art privée pendant une dizaine d’années et publié une quinzaine de livres : romans, albums jeunesse, essais philosophiques, livres audio et ouvrages de reconstitution historique.

Je suis membre de l’Ordre maçonnique mixte international Le Droit Humain depuis 1995, et du CERHM-GM (Centre d’études et de recherches historiques maçonniques Georges Martin), dans lequel je poursuis mes travaux commencés il y a une quinzaine d’années. Ils ont pour but de reconstituer les périodes de genèse et de fondation du Droit Humain au XIXe siècle, dont la création de la toute première loge mixte parisienne, et de mettre en lumière ses membres fondateurs : de fortes personnalités aux parcours passionnants.

J’aime écrire avec d’autres auteurs maçonniques. Ces ouvrages communs permettent d’aborder des thèmes communs avec une grande liberté.

Je participe également aux comités de rédaction de deux revues maçonniques : Le Maillon de la Chaîne maçonnique, publiée par les Éditions Detrad, et Chemins de Traverse : la revue du Droit Humain.

Qu’est-ce qui vous a conduite à l’écriture ?

Sans doute une passion pour l’imaginaire. Depuis très longtemps, j’écris des centaines de « micro-fictions » que je partage sur les réseaux et qui déclenchent de belles interactions avec les lecteurs.

Quel message souhaitez-vous transmettre à travers vos livres ?

Les héros (ou antihéros) de mes romans ont souvent une belle empathie avec leur entourage. Ce sont des humanistes qui cherchent à dépasser les obstacles, tracer leur route avec bienveillance et lutter contre l’injustice. Ils sèment de petits grains de lumière pour contribuer au progrès de la société et ne renoncent jamais à relever l’immense défi du vivre-ensemble.

Comment travaillez-vous ? Quelle est votre méthode d’écriture ?

Concernant les fictions, tout commence en général par un lieu, un personnage et une situation, qui s’assemblent naturellement et prennent vie en tâche de fond. Puis, dans un deuxième temps, vient une étape de documentation approfondie pour ancrer la fiction sur le réel, afin de la rendre crédible.

Par contre, si l’enquête d’investigation est la même pour les ouvrages historiques, je ne me permets aucun commentaire fictionnel et je cite toutes mes sources avec précision.

Votre dernier ouvrage s’intitule « 1, 2, 3 symboles ! Les valeurs maçonniques expliquées aux enfants », écrit avec Julie Pouydesseau et Norli, publié par les Éditions Numérilivre. De quoi traite-t-il ?

Comme le sous-titre l’indique, ce petit livre — qui a reçu au salon Masonica Nice le « prix Symbolisme 2025 » — a été conçu pour faciliter la transmission des valeurs de la Franc-maçonnerie par les maçons à leurs enfants et petits-enfants grâce à des images allégoriques, mais il s’adresse à tous puisque les valeurs de la Franc-maçonnerie sont des valeurs morales, démocratiques et républicaines.

Il a été créé en famille : Julie Pouydesseau est ma fille, une professionnelle de la petite enfance. Nous avons écrit le texte ensemble. Sa fille, Norli, a dessiné les gimmicks que l’on retrouve d’une page à l’autre : de petits personnages qui interpellent les jeunes lecteurs. Je me suis chargée des illustrations.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre en particulier, et quel message souhaitez-vous faire passer ?

Ma fille est à l’origine de ce concept créatif sur trois générations, car nous échangeons toujours en famille, sur tous les sujets et avec les sept plus jeunes. Ces brainstormings parents-enfants sont très animés et nous inspirent beaucoup, suivis d’un décryptage pour en tirer la substantifique moelle. La transmission devient alors évidente.

D’une manière surprenante, des profanes s’intéressent également à ce petit livre qui propose des clés pour travailler sur soi et sur l’ouverture au monde, partage les valeurs citoyennes et invite à réfléchir sur les premiers symboles connus de toutes les obédiences.

Pouvez-vous nous présenter vos livres précédents ?

Ouvrages sur l’histoire de l’OMMI Le Droit Humain et/ou la mixité en Franc-maçonnerie

Genèse et fondation de l’OMMI Le Droit Humain, Éd. Detrad, 2016. — Prix de l’Institut maçonnique de France, catégorie Histoire.

Ouvrage illustré qui replace les événements dans le contexte politique et social du XIXe siècle au début du XXe. Il retrace en détail, de 1866 à 1916, le premier demi-siècle d’engagement féministe réformateur des futurs fondateurs du Droit Humain, leur formidable réseau de défense des droits de la femme et de l’enfant sur le plan international, leurs parcours respectifs au cœur de la cité et la création de la toute première obédience mixte, devenue un Ordre international.

Marie Béquet de Vienne, une vie pour l’enfance, Conform Édition, 2013.

Monographie détaillée de Marie Béquet de Vienne, l’une des sœurs fondatrices du Droit Humain. Issue de la haute bourgeoisie bourguignonne, grande philanthrope, épouse d’un conseiller d’État et jeune veuve à trente-sept ans, elle a créé à Paris une Société de l’allaitement maternel et des refuges-ouvroirs pour femmes enceintes. Le président de la République Raymond Poincaré l’a remerciée au nom des pouvoirs publics pour l’ensemble de son œuvre.

Maria Pognon, une frondeuse à la tribune, Éd. Detrad, 2015.

Monographie détaillée de Maria Pognon, l’une des premières sœurs du Droit Humain. Journaliste, socialiste, présidente d’une ligue féministe, membre du conseil d’administration de la Société française d’arbitrage entre les nations, elle participe activement entre 1889 et 1904 au long combat pour l’émancipation féminine aux côtés de Maria Deraismes et Georges Martin, tout en dirigeant sa pension de famille, et a travaillé sur les colonnes de la première loge mixte du Droit Humain créée à Paris en 1893.

Marie Bonnevial, communarde et syndicaliste, Éd. Detrad, 2018.

Monographie détaillée de Marie Bonnevial, l’une des premières sœurs du Droit Humain. Une loge porte son nom. Communarde à Lyon en 1871, elle est fondatrice du premier syndicat laïque d’instituteurs et révoquée par l’Instruction publique pour refus d’enseigner les matières religieuses. Elle s’exile en Turquie. De retour à Paris, elle rejoint le mouvement féministe réformateur créé par Maria Deraismes et sera la première femme élue à la Bourse du Travail. Publiciste au journal La Fronde, elle préside la section du Suffrage du Conseil national des femmes françaises et dirige la Ligue pour le droit des femmes. Elle deviendra le second Grand Maître de la Fédération française du Droit Humain.

Soyez parfaites, mes sœurs, avec Annick Drogou, Éd. Numérilivre, 2020.

Qui sont ces seize premières femmes, féministes, philanthropes, pacifistes, qui bravent de nombreux obstacles en 1893, lorsqu’elles fondent avec Maria Deraismes et Georges Martin la toute première loge maçonnique mixte parisienne qui deviendra un Ordre international ? Si elles sont reconnues en société pour la maîtrise de leur parole publique et leurs articles de presse, le cheminement initiatique sur les colonnes les confirme dans la certitude qu’elles ne sont pas condamnées à une infériorité institutionnelle dans la cité, mais qu’elles peuvent enfin s’exprimer en liberté, en égalité et en fraternité.

Mixité et Franc-maçonnerie, avec Philippe Liénard, Éd. ECE-D, 2020.

Un essai sur la mixité (modernité, défi ou utopie ?), qui juxtapose deux angles de vue différents et confronte les perceptions des auteurs : l’une est franc-maçonne membre d’un Ordre mixte, l’autre adhère à une obédience masculine.

La fabrique du Mixte, le cheminement maçonnique de l’altérité, avec Annick Drogou, Éd. Numérilivre, 2024.

Essai philosophique à quatre mains qui aborde le concept de mixité, ses obstacles et ses promesses. Il ouvre une porte de curiosité pour revisiter, d’anecdotes en réflexions éthiques et symboliques, le parcours initiatique tant profane que maçonnique, afin d’en dépasser les évidences.

Roman initiatique

Une nuit au parc, Éd. Detrad, 2023.

Ce roman nous plonge dans un huis clos qui mêle la symbolique maçonnique et ses traditions anciennes, les intrigues des jeux immersifs et les technologies numériques contemporaines. Une intelligence artificielle attachante et maladroite en est l’héroïne qui, faute de devenir humaine, deviendra humaniste.

Symbolisme

1, 2, 3 symboles ! Les valeurs maçonniques expliquées aux enfants, avec Julie Pouydesseau et Norli, Éd. Numérilivre, 2024. — Prix Symbolisme 2025 à Masonica Nice.

Un explicatif symbolique de quelques objets et concepts utilisés par les membres de toutes obédiences, pour transmettre aux plus jeunes les valeurs morales, leur donner des clés pour travailler sur eux-mêmes et s’ouvrir au monde.

Romans

Le thé aux étoiles, Éd. Luce Wilquin, 2005.

Une photoreporter française membre de Reporters sans frontières retrouve son père, disparu quarante ans plus tôt en pleine guerre d’Algérie, dans un hôpital psychiatrique du Kazakhstan. Elle décide de le ramener en France. S’ensuit un périple à travers l’Asie centrale. La reconstruction du père, la fragilité des anciennes républiques soviétiques, les enjeux économiques et humains, l’émouvante beauté des gens simples, tissent une histoire bouleversante dont le fil rouge est l’absolue sincérité d’une femme qui saisit son époque à bras-le-corps.

Albus, Éd. Luce Wilquin, 2006.

Camille est albinos. Il travaille au cœur du barrage hydroélectrique qui surplombe la vallée engloutie de son enfance et vit avec son étrange famille dont ses arrière-grands-mères, deux jumelles centenaires au caractère bien trempé. Arrivera-t-il à assumer au grand jour son drôle de corps qui fait se retourner les passants ? C’est au Mali où il participera à une mission humanitaire, que le déclic se produira parmi ses frères d’infortune, ces « faux blancs » d’Afrique.

Attends-moi près des saules, Éd. Luce Wilquin, 2011.

Sur un canal perdu dans la verdure, Angèle Cloutier tient l’écluse n° 23 Le Pont-aux-ânes, menacée d’automatisation totale à plus ou moins long terme. Un jour, passe sur sa péniche un certain Jérôle Lepailleur, un ours mal léché qui se laisse troubler par cette femme originale et discrète. Une panne bienvenue lui permet de jeter l’ancre dans cet endroit paisible. Mais l’appel téléphonique d’une mystérieuse jeune femme remet tout en question. Il part sans aucune explication et disparaît. La rancœur d’Angèle fait place à la surprise, puis à l’inquiétude. Qui est cette intrigante et qu’est-il arrivé à son amant ?

Au poisson qui fume, Éd. Luce Wilquin, 2007.

Une grande maigre assez moche, au look extraverti, naïve et tendre comme un bonbon, quitte sa petite ville de province française pour poser sa valise au gré du hasard Au poisson qui fume, une maison close en plein Red District d’Amsterdam. Elle devient la mascotte des filles en vitrine lorsqu’un jour, elles capturent un jeune homme pour le punir d’être trop beau. Il est captif, elle est libre, mais qui est le plus emmuré des deux ?

Cœur oxygène, Éd. Luce Wilquin, 2004.

Une gamine en recherche d’adoption se cherche une famille possible parmi les parents disponibles, dans une école transformée en centre d’accueil suite à une crue subite de la rivière locale. Jo est petite mais forte comme un vieux cep de vigne, Ébu est monumental, doux et fragile. Mireille les veut, c’est eux ! Comment les apprivoiser ? Ces trois-là finissent par nous coller à la peau, avec leurs blessures et leurs différences.

Ouvrage jeunesse

Mo l’aventurier, Éd. Magnard Jeunesse, 1990, coll. « Minilire ». Livre illustré par l’auteure.

Mo, le rat est plein d’énergie. Il veut vivre ses passions et part découvrir de nouveaux horizons en compagnie de Prune, sa fiancée.

Livre audio

Coup d’œil au sous-sol, 10 nouvelles de Dominique Segalen lues en studio par Mireille Thinat et Sophie Dalezio, Éd. Calixte, 2009 [audible.fr].

Dix récits et dix atmosphères radicalement différentes, pour un pied de nez cocasse à la mort. Des nouvelles courtes, amusantes et suffocantes où l’auditeur navigue à vue au fil d’une succession douce-amère de vies qui exultent ou expirent.